Nous sommes dans une société où on prône de réaliser ses rêves. D’écouter cette petite voix au fond de nous quitte à tout plaquer sauf que dans la vraie vie ce n’est pas si simple. Il y a des objectifs que l’on ne pourra pas atteindre malgré l’effort que nous y mettons. Et on ne se prépare pas assez à cette déception parfois violente. C’est ce que j’essaie de faire au quotidien avec les étudiants : il y a ce que l’on veut et ce qui est faisable à l’instant T.

On ne peut pas toujours parvenir à accomplir ce que l’on a désiré et au fil des années, des responsabilités s’accumulent et peuvent retarder nos rêves. Depuis que je suis devenue maman, j’ai pris conscience qu’il y a des choses que je ne parviendrai pas à réaliser et qu’il fallait l’accepter et … réajuster.

Je ne vivrai pas à la Réunion avec ma famille :

Je nous ai imaginé une fraction de seconde pouvoir observer inlassablement ce coucher de soleil que j’ai vu 39 fois cet été. Comme vous le savez, chez moi ce ne sera jamais l’Auvergne mais toujours la Réunion. Mon cœur est né, a grandi là-bas et ce bien que j’ai construit ma famille ici.

Je sais au plus profond de moi que nous n’irons pas vivre dans mes terres réunionnaises surtout avec un enfant à charge.  J’ai cru tout de même l’espace d’un instant que ce rêve prendrait vie, que ma fille grandirait comme moi aux saveurs des îles.

Mais il n’en est rien car à l’heure d’aujourd’hui il n’y a pas l’ombre d’une piste pour aller vivre là-bas. Bien que je sois forte, j’ai eu à mon retour une profonde tristesse de me dire que ce souhait ne prendra pas vie dans l’immédiat. J’ai eu un instant de flottement pour reprendre ma routine métropolitaine avec le choc thermique et culturel. J’avais malgré moi intégré si rapidement mon rythme d’antan sur mon île, je me suis habituée à l’hiver austral et ses 30 degrés sans oublier les repas épicés. Sauf qu’il fallait revenir à l’automne, aux manteaux, à mon travail lassant et plus vite que prévu.

Quoiqu’il en soit j’ai maintenant refermé le livre de cette éventualité et j’ai repris le cours de ma vie (dans le froid).

Je sais que je peux rentrer chez moi au moins tous les 3 ans et c’est déjà très rassurant de pouvoir planifier mon retour.

Je ne serai pas professeur des écoles  :

J’ai tenté le concours l’année dernière en travaillant dur avec un bébé de 6 mois à l’époque. Je l’ai donc raté de quelques points et dès le départ j’ai été motivé comme jamais à recommencer.

Je me suis inscrite à un master à distance pour lequel j’ai été admise. Mais après longue réflexion : je me suis désistée car il me serait impossible de gérer les cours du soir et ma vie d’à côté. J’ai préféré être réaliste plutôt que gaspiller mon énergie dans un projet comme celui-ci.

Je ne me voyais pas encore sacrifier une année pour un concours si difficile et aléatoire. J’ai eu dû mal, j’ai hésité mais j’ai tranché je ne souhaite pas me présenter pour le moment. J’ai tout donné, je ne vois pas ce que je peux faire plus que cette année ?

Je crois aussi que si j’essuie un échec de plus je ne le supporterai pas très bien cette fois-ci alors je respecte mon équilibre mental. Je voulais au moins tenter une fois dans ma vie cette expérience pour ne pas avoir de remords et c’est fait.

Je n’aurai jamais de meilleure amie :

J’avais écrit un article qui est d’ailleurs le plus lu de mon blog et je vous en remercie profondément. Vous le savez je n’ai pas réellement d’amies dans la vraie vie et je crois que je ne souhaite plus tisser des liens à mon âge. J’ai essayé d’être comme tout le monde mais je ne suis absolument pas comme les autres. J’apprécie ma solitude. Je ne parle presque jamais de ma fille, j’ai d’ailleurs une sainte horreur des sorties « entre maman » où l’on discute des progrès, des évolutions de chacun de nos enfants. Quand on me demande combien dents elle a ou à quel âge elle a fait ses nuits (ça dort un bébé d’ailleurs ?) j’ai juste envie de hurler (suis-je normale ?). Je n’arrive plus à faire semblant alors que je suis mal à l’aise dans des situations qui ne me correspondent pas.

Je crois aussi que j’ai été exigeante face à LA meilleure amie que j’ai toujours voulu avoir et que je n’ai pas eu. J’avais des idées précises sur ce qu’elle serait, j’espérais que l’on se raconte tout et qu’elle m’accompagne regarder la nouvelle palette Huda Beauty chez Sephora. Sauf que dans les faits il n’y a que moi qui puisse acheter une palette à 70 balles au lieu de la cuisine Ikea pour ma fille (oh la mauvaise mère). Ce rêve-là ne se réalisera jamais. Pas de meilleure amie pour la vie. Basta.

J’en ai pleuré pendant longtemps jusqu’à la naissance de ma fille où peu à peu cette idée s’estompa. J’ai pris conscience que jusque-là j’avais réussi seule. Que j’avais grandi, évolué avec très peu de personne autour de moi et j’y suis arrivée. Certes je me torture l’esprit pour prendre une décision au lieu de demander conseil à mon entourage. Je ne serai pas celle que je suis si j’avais eu LA copine dont je rêvais. Je n’aurai pas autant de force et d’autonomie dans mon parcours et c’est quelque chose pour laquelle je suis fière.

Je laisse la place à des amitiés moins profondes, moins complices mais qui m’apportent tout de même un soutien au quotidien et j’ai abandonné cette idée de trouver des personnes exclusives.

Je sais que vous allez peut-être dire que j’aurai l’occasion de réaliser ses souhaits mais au fond de moi je n’en ai plus envie finalement. J’ai réajusté mes objectifs, j’ai ouvert d’autres portes et saisi d’autres opportunités qui j’espère aboutiront.

Le fait qu’à présent je suis responsable d’un enfant, je relativise par rapport à la déception car ce n’est pas le plus important. J’ai appris à apprécier ce que j’avais, à prendre une route différente si nécessaire et ce sans regret.